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Le SAJEM, un sommet pour repenser le modèle économique des médias

De près de 6 milliards à moins de 600 millions de francs CFA. En une quinzaine d’années, les ventes de la presse écrite ivoirienne auraient chuté de près de 90 %. À l’ouverture du Sommet africain du journalisme et de l’entrepreneuriat dans les médias (SAJEM), Israël Guébo, directeur exécutif de l’événement, a a présenté ces chiffres pour mesurer l’ampleur des difficultés économiques qui traversent le secteur.

Le SAJEM, un sommet pour repenser le modèle économique des médias

Jusqu’en 2011, la presse écrite ivoirienne générait près de 6 milliards de francs CFA de ventes. Aujourd’hui, celles-ci seraient inférieures à 600 millions. Selon des données de l’Autorité nationale de la presse (ANP) consultées par les organisateurs, certains titres écouleraient même moins d’une cinquantaine d’exemplaires par jour sur l’ensemble du territoire. « Pour être précis, des journaux vendent 28 ou 32 exemplaires. Pas à Abidjan : sur l’ensemble du territoire », a indiqué Israël Guébo.

Derrière l’effondrement des ventes, c’est tout un modèle qui vacille. Les habitudes de consommation de l’information ont changé. Les audiences se déplacent vers les plateformes numériques et les réseaux sociaux, tandis que les revenus associés à ces nouveaux usages restent difficiles à mesurer. « Mais qui gagne quoi ? Où va l’argent de l’information ? », a interrogé le directeur exécutif.

La question dépasse d’ailleurs la presse écrite. Radio, télévision et médias en ligne sont eux aussi confrontés à la transformation des usages. Pour Israël Guébo, la crise des médias ne se résume pas à une baisse d’audience ou à la disparition progressive du support papier. Elle renvoie directement à leur modèle économique. Son propre parcours en témoigne.

Entré dans le journalisme en 2006, il s’est ensuite tourné vers l’entrepreneuriat dans les médias. Une expérience qui lui a permis de mesurer l’écart entre produire une information appréciée du public et faire fonctionner durablement une entreprise. 

« L’entreprise a ses exigences et ses contraintes que la passion ignore. La passion ne fait pas un plan de trésorerie. Elle ne négocie pas un contrat publicitaire. Elle ne paie pas les salaires à la fin du mois », a-t-il expliqué.

Avant de résumer cette tension en une formule : « La passion fait tenir nos médias. Elle ne les fait pas vivre. »

C’est précisément cette frontière entre journalisme et entrepreneuriat que le SAJEM veut interroger. Placée sous le thème « Journalisme, innovation et modèles économiques des médias africains », cette première édition entend réfléchir aux moyens de financer une information de qualité tout en préservant l’indépendance éditoriale.

L’un des enjeux soulevés dès l’ouverture concerne également les données. Pour Israël Guébo, les acteurs du secteur ont besoin d’informations « complètes » et « régulières » sur la presse écrite, mais aussi sur la radio, la télévision et les médias numériques. Des données indispensables, selon lui, pour comprendre l’évolution du marché et adapter les stratégies des entreprises.

Le débat se veut collectif. Le SAJEM a choisi de réunir autour de la même table professionnels des médias, institutions, écoles et partenaires du secteur. Le ministère de la Communication, la HACA, l’ANP, l’Ambassade de France, la CNPS, l’ESMA, l’École supérieure de journalisme de Lille, l’École publique de journalisme de Tours, le GEPCI et Wikimédia Côte d’Ivoire figurent notamment parmi les structures mobilisées.

À l’ouverture, Israël Guébo a également rendu hommage aux figures qui ont marqué son parcours journalistique : Théophile Kouamouo, Dr Alfred Dan Moussa, Zio Moussa, Sa Majesté Agnès Kraidy, Président Samba Koné. « Personne ne devient journaliste seul. On le devient parce que des aînés, des pairs ont ouvert la porte, montré le chemin, et parfois corrigé la route », a-t-il déclaré.

Au terme de son intervention, le directeur exécutif est revenu à l’essentiel : la valeur que le public continue d’accorder à l’information.

« Ce matin encore, quelque part en Côte d’Ivoire, quelqu’un a acheté un journal. Notre responsabilité est que demain, il ait toujours une raison de payer pour s’informer, sur papier ou ailleurs. »

Pour le SAJEM, l’enjeu n’est pas d’opposer journalisme et entrepreneuriat, mais de construire leur complémentarité. Car si la passion peut être le moteur du métier, elle ne peut, à elle seule, en garantir la survie économique.